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Jour 13 - « La Diaspora doit comprendre la Turquie et les Arméniens de Turquie »

 
 

 

14 jours à Diyarbakir - 14 photos d'Amed - 14 textes sur Tigranakert

Envoyé spécial de "Repair", MJM, journaliste français d'origine arménienne, a passé deux semaines dans l'actuelle capitale du sud-est anatolien, à Diyarbakir (Amed en kurde et Tigranakert en arménien) pour partir à la rencontre du passé, du présent et du futur des Arméniens qui étaient des milliers à peupler cette ville avant le Génocide de 1915. Au fur et à mesure de ses pérégrinations, MJM nous fait partager ses rencontres avec des lieux, des femmes, et des hommes dont l’histoire est liée, d’une façon ou d’une autre, avec les Arméniens.

Ce photoreportage date de mai 2013, certaines situations évoquées dans ces articles ont évoluées depuis.

Jour 13 : « La Diaspora doit comprendre la Turquie et les Arméniens de Turquie. »

De passage au salon du livre de Diyarbakir, trois stands attirent mon attention. Celui des éditions Belge, celui d’Agos et enfin, celui des éditions Aras où le très condescendant (soyons polis) Meguerditch Margosyan signe son dernier livre. L’occasion de poser quelques questions à ce célèbre écrivain originaire de Diyarbakir et de confirmer la difficulté d’interviewer un homme de lettres quand on n’a pas lu le moindre de ses bouquins et que celui-ci rechigne à vous répondre en vous prenant de très, très haut. Je passe donc sur cette interview avortée de Margosyan et enchaîne directement sur ma rencontre avec Yedvart Tomasyan, le big boss des éditions Aras, sourcils noirs imposants, barbe fournie et regard rempli de malice. Yedvart nous assure que la société civile turque est bien en train d’évoluer au sujet du Génocide des Arméniens, mais qu’il faut aussi savoir être patient : « Toutes les nouvelles idées viennent des intellectuels, dans toutes les sociétés c’est ainsi. D’abord ce sont les poètes qui disent la vérité, puis 40 ans plus tard, la société répète ce que les poètes avaient dit auparavant. Encore maintenant, la plupart des gens savent seulement ce que l’État leur a appris depuis cent ans » explique-t-il. « On doit attendre que la Turquie soit démocratique, mais aussi lutter pour qu’il y ait une réelle démocratie. Moi, en tant qu’Arménien, je dois être actif pour qu’elle arrive en Turquie. Je dois être dans la lutte car ce n’est pas en restant dans mon coin que ça viendra » ajoute celui qui dit comprendre le relatif silence et le peu d’engagement politique de la communauté arménienne d’Istanbul. « Depuis longtemps, les Arméniens d’Istanbul disent : « Ne parlons pas, restons silencieux sinon il nous arrivera quelque chose. » Je comprends cela. Ils ont peur pour leur vie et leurs biens, car dans ce pays, tous les dix ans, il arrive quelque chose aux Arméniens » rappelle l’éditeur.

A la fin de notre discussion improvisée, je lui demande comment la Diaspora peut accompagner les changements en cours en Turquie. « On s’en fout de la Diaspora, qu’elle nous accompagne ou pas, c’est la même chose ! » lance-t-il en riant. Puis m’agrippant le bras affectueusement, il ajoute sur le ton de la confidence : « La Diaspora doit comprendre la Turquie et les Arméniens de Turquie. Ce sont des gens comme toi qui doivent venir nous rencontrer, discuter avec nous. C’est comme ça qu’on pourra se comprendre les uns les autres. On a besoin de ce contact-là » ajoute-t-il en me pressant doucement l’épaule. « On a besoin de se rencontrer et que nos yeux puissent se voir. De loin, c’est trop compliqué. »

 

Journaliste et photographe freelance de 30 ans, MJM a travaillé pour divers journaux et magazines. Depuis quelques années, il développe également son regard à travers des reportages photo pour l’ONG "Yerkir Europe" en Arménie et en Turquie. Un aperçu de son travail est visible sur son site Internet, www.mjm-wordsandpics.com.

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