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Jour 6 - Armen alias Abdurrahim

 
 

 

14 jours à Diyarbakir - 14 photos d'Amed - 14 textes sur Tigranakert

Envoyé spécial de "Repair", MJM, journaliste français d'origine arménienne, a passé deux semaines dans l'actuelle capitale du sud-est anatolien, à Diyarbakir (Amed en kurde et Tigranakert en arménien) pour partir à la rencontre du passé, du présent et du futur des Arméniens qui étaient des milliers à peupler cette ville avant le Génocide de 1915. Au fur et à mesure de ses pérégrinations, MJM nous fait partager ses rencontres avec des lieux, des femmes, et des hommes dont l’histoire est liée, d’une façon ou d’une autre, avec les Arméniens.

Ce photoreportage date de mai 2013, certaines situations évoquées dans ces articles ont évoluées depuis.

Jour 6 - Armen alias Abdurrahim      

J’avais entendu parler d’Armen, alias Abdurrahim, dans l’indispensable livre de Guillaume Perrier et Laure Marchand, La Turquie et le fantôme arménien, et étais curieux de rencontrer en chair et en os celui qui est présenté comme « un petit homme nerveux…» fasciné par tout ce qui est arménien. Cet ancien chauffeur de 52 ans, originaire de Liçe, n’a appris ses origines arméniennes qu’à 25 ans, à la mort de son père. C’est un oncle kurde qui lui a révélé la vérité. « J’ai été très étonné, ça a été un choc pour moi. J’avais grandi en tant que Kurde et à 25 ans on me dit que je suis arménien… Ça m’a complètement chamboulé » avoue ce dernier qui, depuis ce jour, tente, cahin-caha, de retrouver des membres de sa famille dispersée dans le monde et dont il a retrouvé la trace en Hollande et aux Etats- Unis.

« En tant qu’Arménien, je veux apprendre tout ce qui a trait à l’arménité. C’est pour cela que depuis deux ans, je vais aux cours d’arménien. Je veux connaître ma culture et ma langue » s’exclame Armen qui s’est abonné à cinq chaînes télé arméniennes et se tient très régulièrement au courant de l’actualité même en Arménie. Depuis cinq mois, il travaille bénévolement à Sourp Guiragos, « héritage de nos ancêtres », au nom de la fondation arménienne qui gère le lieu. Depuis cinq ans, il se charge également de vendre le journal Agos à Diyarbakir. « J’ai  réussi à faire abonner une centaine de personnes ! » assure-t-il, fièrement.

Lorsqu’on lui demande commentil arrive à gérer cette double identité kurde et arménienne, il explique sereinement que les deux parties cohabitent mais que dans le futur, il aimerait voir la mention « Arménien » inscrite sur sa carte identité. « A l’intérieur, c’est l’identité arménienne qui prime » confie celui qui, au fil de la conversation, nous apprendra que son père avait entamé les démarches pour redevenir officiellement chrétien puis s’était ravisé au dernier moment, estimant que ce serait trahir la famille kurde qui l’avait recueilli et élevé. « Je dis à tout le monde que je suis arménien, je n’ai pas peur, je suis tranquille » m’assure Abdurrahim qui cependant, se fait appeler Armen uniquement dans les milieux arméniens ou arménophiles. Selon lui, « il y a environ une famille sur cinq à Diyarbakir chez laquelle on peut trouver des Arméniens ». Et au moins une quinzaine de familles avec lesquelles il partage des moments précieux : « On va aux mariages ensemble, au cimetière, on fait des pique-niques, on s’appelle… » résume Armen pour qui elles sont un peu devenues une seconde fratrie. 

 

Journaliste et photographe freelance de 30 ans, MJM a travaillé pour divers journaux et magazines. Depuis quelques années, il développe également son regard à travers des reportages photo pour l’ONG "Yerkir Europe" en Arménie et en Turquie. Un aperçu de son travail est visible sur son site Internet, www.mjm-wordsandpics.com.

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