Plateforme arméno-turque

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Points de vues de Turquie, d'Arménie et de la Diaspora
Traduction intégrale en turc, arménien, anglais et français

 

Les partis politiques d'Arménie et le Génocide des Arméniens

 
 
  Point de vue d'Arménie


Les partis politiques d'Arménie et le Génocide des Arméniens

Lilit Gasparyan

 

 
Lilit Gasparyan

Journaliste d'Arménie

Le Génocide des Arméniens fait partie des rares thèmes qui, s’ils ne font pas l’unanimité, font toutefois l’objet d’un large consensus au sein des partis politiques d’Arménie. Selon ces derniers, la reconnaissance du Génocide n’est pas l’aboutissement du chemin qui mène à la solution de la question arménienne. Elle doit être relayée par la formulation d’exigences, parmi lesquelles celle de la reconnaissance des droits des héritiers des victimes du Génocide sur les terres qui appartenaient à leurs ancêtres.

 

Congrés National Arménien
Parti d'opposition -  7/131 députés.

Arman Mousinyan, porte-parole du parti du CNA.

Si nous parlons de la position des partis politiques, j’aimerais que nous examinions tout d’abord les différentes approches que l’on a historiquement observées concernant le Génocide des Arméniens et les relations arméno-turques, deux problèmes intimement liés. En gros il y en a deux : celle de l’Arménie et celle de la Diaspora. La Diaspora pose le problème en termes civil et national et non en termes politiques, ce qui est compréhensible vu qu’elle est constituée des descendants et des héritiers des victimes du Génocide. Alors que pour l’Arménie, le problème est le suivant : quelle politique adopter concernant le Génocide ? Nous pensons que la question du Génocide ne doit pas interférer dans les relations entre la Turquie et l’Arménie. Car la Turquie n’est pas responsable devant l’Arménie du Génocide qui a été perpétré. La Turquie en est responsable devant l’humanité entière puisque le crime de Génocide est un crime contre l’humanité entière. Il en va de même pour l’Holocauste. Concernant la commission des historiens, sa création a conduit à la signature des Protocoles arméno-turcs. Après cela, montrez-moi un pays qui ait reconnu le Génocide des Arméniens ! Nous pensons que la question du Génocide ne doit pas figurer à l’ordre du jour de la politique extérieure, car cela en ferait un objet de marchandage, alors que cette question est hors transaction. Mettre la question du Génocide à l’agenda des relations arméno-turques fut une erreur tragique.


Fédération Révolutionnaire Arménienne - Dachnagtsoutioun
Parti d'opposition - 5/131 députés.

Kiro Manoyan, Directeur du secrétariat international de la FRA.

La question de la reconnaissance du Génocide est en lien direct avec la revendication territoriale. Par conséquent les efforts en vue de la reconnaissance internationale du Génocide des Arméniens doivent être poursuivis dans cette perspective. La FRA estime que le centenaire du Génocide doit marquer le début d’une nouvelle étape en vue de l’obtention d’une indemnisation et de la restauration des droits de l’Arménie et du peuple arménien. La Turquie et le monde entier doivent comprendre que la reconnaissance par la Turquie du Génocide, loin d’être une conclusion, ne peut être qu’un préalable, quoiqu’il ne soit pas nécessaire d’attendre que la Turquie reconnaisse le Génocide pour soulever la question des réparations.

Il y a cinq ans, la FRA avait déjà constitué un groupe d’experts qui a effectué une étude complète sur les réparations tant du point de vue de l’indemnisation que du point de vue de la restauration des droits de l’Arménie et du peuple arménien. Fin 2010, le projet d’étude fut soumis à examen public et nous publierons bientôt la version révisée et complétée de ce projet. Celui-ci sera également soumis à examen public ce qui permettra aux différentes couches de la société d’émettre leur opinion. Cette étude prévoit la réparation de trois types de spoliation : celle des droits territoriaux, celle des biens nationaux et la spoliation individuelle. Il est nécessaire qu’une communauté de vues regroupant l’ensemble du monde arménien se forme autour des principes directeurs de cette étude, naturellement après qu’elle aura été remaniée. Il est notable que le 24 Avril dernier, les deux catholicos de l’Eglise arménienne, de tous les Arméniens et de la Grande Maison de Cilicie, ont fait une déclaration commune à cet égard, exigeant de la Turquie qu’elle « restitue immédiatement au peuple arménien les églises, monastères, biens ecclésiastiques et les biens culturels et spirituels dont il est l’ayant-droit », et ont déclaré qu’ils mettraient tous leurs efforts en commun pour aboutir à cet objectif.

 

Arménie Prospère
Ni dans l'opposition, ni dans la majorité - 36/131 députés.

Stepan Margaryan, député.

 Il y a des critères moraux qui doivent nous guider. Les héritiers des victimes du Génocide des Arméniens cherchent en vain à obtenir quelque chose qui leur permettrait d’atteindre la sérénité. En vain, parce que la négation est sèche et permanente. Ceci est injuste. Le parti n’a aucune revendication. Nous trouvons qu’il est important de commencer à établir des relations avec la Turquie et de les approfondir. Naturellement, dans l’étape initiale il en ira uniquement des liens économiques et des relations diplomatiques. Car s’il est impossible d’entamer d’un seul coup des sérieuses relations politiques avec elle, on peut au moins s’assurer un niveau minimum de relations telles qu’elles existent entre pays voisins. Je pense qu’après cela les deux peuples trouveront la force de les poursuivre. Car finalement la vie continue et nous sommes voisins. Nous accordons autant d’importance aux relations avec la Turquie qu’à la reconnaissance du Génocide. Reste à voir à quel point se développeront nos relations et quels voisins nous serons l’un pour l’autre. L’avenir le dira. Le sentiment de culpabilité et le repentir sincère sont d’une importance primordiale. En tant que voisins nous nous connaissons mal. La Turquie, en particulier, connaît mal notre élite politique et l’Arménie en général. Or il est important de se fréquenter, tant pour la reconnaissance du Génocide que pour l’amélioration de nos relations.

 

Parti Républicain
Majorité gouvernemental - 70/131 députés.

Artak Zakaryan, député.

Au premier chef, le Génocide des Arméniens doit revêtir une importance universelle. Le peuple arménien doit être reconnu comme une nation qui a subi un des crimes les plus horribles de l’histoire de l’humanité. Une nation qui a été privée de sa patrie. Une nation qui a le droit de reprendre possession des territoires où elle a vécu et créé, avec le soutien impératif de la communauté internationale. Une nation qui a sa place spécifique dans la civilisation mondiale et mérite le respect. Le Parti Républicain attend de cette reconnaissance tout d’abord une réparation morale ainsi que des processus qui permettront l’amélioration des relations extérieures de la République d’Arménie. L’Arménie est à la fois le sujet collectif et le garant de l’expression des désirs du peuple arménien.

Lorsque nous disons que notre but est d’arriver à la reconnaissance internationale du Génocide des Arméniens, cela ne doit pas être purement déclaratif. Notre objectif est tout d’abord que cela soit enregistré par la communauté internationale et d’abord par la Turquie elle-même, conformément à ce que l’on attend du monde civilisé. En dehors de cette indemnisation morale, la reconnaissance du Génocide des Arméniens permettra en outre de pérenniser la nature réellement pacifique qui caractérise actuellement ces relations. Cela permettra aussi d’aplanir les problèmes régionaux et de renforcer les valeurs démocratiques en Turquie. De sorte que la reconnaissance du Génocide des Arméniens est un processus qui englobe de nombreux facteurs positifs.

A présent si l’on compare entre les positions des deux partis au pouvoir en Turquie et en Arménie, nous dirons ceci : ce n’est pas un hasard si la Turquie consacre des sommes considérables au négationnisme et -en dépit des velléités contraires de ses gouvernants-, ne manifeste pas le désir de donner aux problèmes une solution paisible par l’entremise d’une collaboration pacifique. Elle essaye de prendre les rênes de la direction régionale, ce qui assurerait un certain primat au monde islamique. Or le Parti Républicain est plutôt mu par le principe de la simple maîtrise du périmètre national. Il lui est aujourd’hui difficile de parler en termes de revendications.

 

Parti Héritage
Parti d'opposition - 4/131 députés.

Hovsep Khourchoudyan, porte-parole du parti.

 La reconnaissance du Génocide des Arméniens est une question morale essentielle, d’abord pour les héritiers des victimes du Génocide, et pour l’ensemble du peuple arménien. Un tel crime contre l’humanité ne peut pas rester impuni. Celui-ci est abominable en ce qu’il ne se limite pas à la destruction d’un peuple, mais englobe aussi la perte de la patrie. Et c’est d’ailleurs en cela que le Génocide diffère de l’Holocauste. Il faut réparation et restitution des terres à leurs légitimes propriétaires. Cela ne signifie pas forcément qu’il faille opérer par la réunion de ces terres à la République d’Arménie. Nous sommes réalistes. Nous comprenons que cela n’est pas si simple et que la réunification à l’Arménie n’est aisée ni juridiquement, ni politiquement. Mais il faut au moins que leurs terres soient rendues aux héritiers. La Turquie qui est aujourd’hui le gérant de ces territoires ne peut pas prétendre qu’elle n’a rien à voir avec tout cela et doit donc en porter la responsabilité. Tous ceux qui ont été forcés de quitter leurs foyers doivent pouvoir retourner chez eux et reprendre possession de leur propriété avant de décider ensuite ce qu’ils voudront faire. La Turquie doit également indemniser l’Arménie pour les dommages engendrés par la fermeture des frontières. Enfin, notre parti, tout en accordant de l’importance à la reconnaissance du Génocide, met également l’accent sur le fait que selon la convention de Vienne, l’ouverture des frontières par l’échange de notes diplomatiques n’implique nullement la signature de quelconques Protocoles contenant des pré-conditions inacceptables, et que les problèmes courants ne s’examinent en général que postérieurement à l’établissement de relations diplomatiques.


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